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UTLC - Rencontre avec Markus Gabriel

31 octobre 2017

Markus Gabriel - Professeur de philosophie à l’Université de Bonn.

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DIRECTION DE LA COMMUNICATION
 

 

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis titulaire de la chaire d'épistémologie, de philosophie moderne et contemporaine de l'Université de Bonn.
Je suis également directeur du Centre international de philosophie et je suis intervenant dans de nombreuses universités (dont Paris 1, Berkeley, PUC-Rio de Janeiro, Lisbonne et ailleurs).




Qu'est-ce qui vous a conduit à travailler sur cette thématique de recherche ?

En fait, je me suis intéressé à ce sujet lors d'un séjour à Berkeley en 2013. J'ai vécu à San Francisco dans un atelier d'artiste. Tout le monde à Berkeley et dans le monde artistique était attiré par la neuroscience et la philosophie de l'esprit et ils m'ont fait prendre conscience du fait qu'il y a quelque chose de fondamentalement faux dans la vision du monde selon les californiens.

Pouvez-vous expliquer le terme "neurocentrisme" ?

Le "neurocentrisme" est une double idéologie. D'une part, cela consiste à identifier qui nous sommes en tant que personnes et ce que nous faisons avec les structures et les événements dans notre cerveau. D'autre part, il projette notre connaissance du cerveau dans le passé afin d'expliquer toute l'histoire humaine comme une histoire biologique et naturelle en termes de théorie de l'évolution et de psychologie évolutionniste. Il élimine ainsi la réalité de l'action humaine et son indépendance en la réduisant aux événements naturels.

Selon vous, sommes-nous toujours conscients de nos actes ?

Non, pas du tout ! Toutes les actions ne sont pas conscientes. Cependant, il existe une classe privilégiée d'actions libres et conscientes. Nous les attribuons à nous-mêmes. C'est pourquoi nous jouons constamment le jeu de donner et de demander des raisons dans la société. Nous justifions ce que nous faisons et nous améliorons nos actions en établissant des normes, des institutions, une éthique... Nous avons découvert qu'il y a des actions inconscientes et que la vie humaine a un aspect purement biologique. Pourtant, cela ne signifie pas que nous ne sommes pas libres et rationnels.

Vous donnez une conférence à destination du grand public dans le cadre de l'UTLC. Comment percevez-vous cela ?


Il est absolument important pour la philosophie actuelle comme passée de s'engager avec la sphère publique. Tout grand philosophe a fait cela, de Platon et d'Aristote à Kant, Sartre, Foucault et au-delà. La philosophie a deux emplois: en tant que discipline académique, elle étudie les arguments, les pensées, les théories à la lumière de leur structure logique. Pourtant, son but est de contribuer à l'idée moderne de l'illumination qui a ses prédécesseurs dans la pensée grecque antique. La philosophie joue un rôle fondamental dans notre compréhension de soi en tant qu'êtres libres. Elle étudie les deux notions de valeur centrale de la modernité: liberté et égalité.

Publié le 31 octobre 2017

mise à jour le 31 octobre 2017



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