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UTLC - Rencontre avec Marc G.J. Feuilloley

22 novembre 2017

Professeur à l’Université de Rouen Normandie sur le site de l’IUT d’Évreux et Directeur du Laboratoire de Microbiologie Signaux et Microenvironnement (LMSM), Marc G. J. Feuilloley est spécialiste de la communication microbienne.

Structure de rattachement

DIRECTION DE LA COMMUNICATION
Marc G.J. Feuilloley

Marc G.J. Feuilloley

Pourriez-vous vous présenter ?

J’ai été nommé Maître de conférences à l’Université de Rouen Normandie en 1988 et je suis Professeur des Universités à l’IUT d’Évreux depuis 1997. Je suis également Directeur de recherche au Laboratoire de Microbiologie Signaux et Microenvironnement (LMSM) où je réalise mes recherches sur la communication microbienne. Titulaire d’une Licence de Biochimie, d’une Maîtrise en Biologie Cellulaire et Moléculaire et d’un Doctorat en Biologie, je me suis spécialisé dans la neuroendocrinologie. Le Laboratoire de Microbiologie Signaux et Microenvironnement (LMSM) a été créé par le Professeur Nicole Orange en 1986, j’ai été nommé directeur du laboratoire en 2008.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur cette thématique de recherche ?


Dès mes 11 ans j’étais déjà intéressé par la biologie et je savais que je voulais en faire mon métier. C’est mon parcours professionnel qui m’a mené à cette thématique de conférence pour l’UTLC. Dans les années 70, le médecin général des Etats-Unis a dit que l’on savait déjà tout sur la microbiologie et sur les bactéries. C’était une énorme erreur. A cette époque les bactéries étaient considérées comme des particules inertes et différentes des cellules, elles étaient même (et sont encore) appelées procaryote ce qui signifie « avant les cellules », alors que ce sont des cellules vivantes, et même très actives. C’est seulement dans les années 90 que l’on a mis en évidence une communication entre les bactéries, elles échangent des signaux chimiques et synchronisent leur fonctionnement. Cela leur permet de « savoir » combien elles sont afin de se rassembler pour produire des toxines ou enzymes, mais aussi de percevoir de nombreuses informations vis-à-vis de leur environnement (hormones, états de tissus de l’hôte, etc.) et définir si l’environnement permet une installation.

Selon vous, comment peut-on changer la vision que le grand public a des bactéries ?

La science étant devenue un sujet de discussion, je pense qu’il ne faut pas essayer de changer directement la vision sur les bactéries, mais la vision de ce qu’est l’interaction entre notre corps et l’environnement. Il s’agit là d’une déculturation, il faut que les gens comprennent par exemple que Pasteur a fait une erreur en considérant les produits stériles comme parfaits. Le but est de faire comprendre l’intérêt des bactéries tant pour notre corps que pour la production alimentaire par exemple. Une bactérie ne cherche qu’à trouver une niche écologique qui satisfasse ses besoins, ainsi parfois elle protège notre corps et stimule nos défenses immunitaires. Certes, elles ont toutes un risque de virulence mais elles ne le manifestent que si elles sont stressées. Nous pouvons aller jusqu’à dire que nous sommes une bactérie puisque l’Homme est une structure coloniale constituée de cellules eucaryotes, les grosses cellules de nos tissus, et de bactéries, voire d’archées (le troisième règne du vivant) et de virus. Il est important de retenir que nous avons chacun 1.5 Kg de bactéries en nous et que sans elles nous ne pourrions pas vivre.

Quelles sont les différences entre des cellules eucaryotes et des cellules bactériennes ?

Tout d’abord, il est important de retenir que les bactéries sont aussi des cellules. On distingue les cellules eucaryotes des cellules bactériennes par leur taille, leur structure etc.

Les cellules bactériennes sont hautement adaptables, elles peuvent se reproduire en 20 minutes et leur ADN de petite taille permet d’échanger certains gènes entre elles ou avec l’environnement. Les cellules eucaryotes, quant à elles, sont plus grosses avec un ADN stable qui ne permet pas d’échange rapide. Leur adaptabilité est bien plus lente et dépend de l’environnement. Au cours de l’évolution, les bactéries sont apparues en premier avec les archées. Les cellules eucaryotes sont apparues bien plus tard et sont en fait issue de la fusion (symbiose) de bactéries et d’archées. En ce sens nos cellules ont des hybrides de bactéries et d’archées. Certaines bactéries ont continué de vivre de façon indépendante, celles qu’on connait aujourd’hui, d’autres sont devenues des organites de nos cellules eucaryotes. Nous sommes donc issus de bactéries et vivons avec en permanence elles et vouloir les éliminer, comme on pourrait le penser simplement, c’est éliminer une partie de nous-mêmes.

Publié le 22 novembre 2017

mise à jour le 22 novembre 2017



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