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UTLC - Rencontre avec... Jean-Numa Ducange : "La Révolution française est une référence qui fait toujours sens"

17 avril 2015

Maître de conférences en histoire contemporaine, Jean-Numa Ducange a fait de l’histoire du socialisme et de l’héritage de la Révolution française ses principaux thèmes de recherche. Des sujets qui suscitent aujourd’hui encore l’intérêt des spécialistes, mais aussi du grand public.

Structure de rattachement

GROUPE DE RECHERCHE D'HISTOIRE
 

 

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Rouen depuis 2010, membre du laboratoire GRHis (Groupe de Recherche d’Histoire). Je travaille essentiellement sur l’histoire du socialisme des années 1880 aux années 1910, en France, en Allemagne et en Autriche. Parallèlement, je m’intéresse beaucoup à l’héritage de la Révolution française et à la référence révolutionnaire dans le mouvement socialiste. Je suis également secrétaire de rédaction de la revue Austriaca, publiée aux Presses Universitaires de Rouen et du Havre, et j’anime des revues et sociétés savantes sur l’histoire du socialisme comme les Cahiers Jaurès par exemple.


Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur ces thématiques de recherche ?

À l’origine, j’étais investi dans le syndicalisme étudiant. Je me suis toujours intéressé à l’histoire syndicale. J’ai donc commencé à travailler sur la Révolution française et son héritage à gauche. À Rouen, il existe une tradition d’études sur ce thème depuis la fondation de l'université, notamment son impact sur la postérité contemporaine, et c’est une des raisons pour lesquelles j'avais soutenu ma thèse ici.

Que peut-on dire aujourd’hui des héritages de la Révolution française ?

Elle n’est plus aussi centrale qu’elle a pu l’être. Dans les années 1990, ce sujet d’étude est tombé en déshérence, en lien avec la crise plus large des valeurs républicaines. Cependant, c’est une référence qui fait toujours sens pour une partie des Français, et qui n’est pas uniquement passée dans le domaine de l’histoire, contrairement, par exemple, à celle du communisme aujourd’hui beaucoup moins prisée. L’intérêt du public pour ce thème se concentre parfois sur de « grandes figures » comme Robespierre. L’un des ouvrages collectifs récents auxquels j’ai participé qui s’est le mieux vendu auprès de non spécialistes est d’ailleurs Robespierre, portraits croisés.

Et la figure de Jean Jaurès, qu’en est-il ?

Jean Jaurès, dont on a célébré le centenaire de la mort l’an passé, est à la charnière de thématiques qui m’intéressent. Il a notamment réalisé sa thèse sur les origines du socialisme allemand et a écrit une Histoire socialiste de la Révolution française, constituée de plusieurs milliers de pages, après sa défaite aux élections de 1898 à la députation du Tarn. Cet agrégé de philosophie fut l’un des premiers à mettre l’accent sur les mouvements populaires, en se plongeant dans les archives. Nous l'avons réédité avec Michel Biard à l'occasion du centenaire de la mort de Jaurès.
Jean Jaurès est aujourd’hui utilisé de façon remarquable par les hommes politiques. Cette figure, qui cristallisait le socialisme, est instrumentalisée de toutes parts, par Nicolas Sarkozy et même Marine Le Pen qui s’en servent comme une sorte de pied de nez. Mais c’est bien sûr à la gauche de la gauche que la figure de Jaurès est la plus travaillée, par Jean-Luc Mélenchon, pour qui il constitue l’incarnation de la république sociale.

En tant que chercheur, êtes-vous sollicité pour apporter votre expertise auprès de partis de gauche, en France ?

Pour la plupart des politiques, la réflexion historique est reléguée au second plan, sauf pour certains qui n’ont aujourd’hui plus de réelle activité, malgré les efforts des secteurs histoires des Fondations politiques (Fondation Jean-Jaurès et Fondation Gabriel-Péri). La demande vient aussi de l’étranger. J’ai par exemple été sollicité par un organisme politique du Parlement européen pour rédiger une synthèse sur la gauche radicale en Europe et ses liens avec la politique contemporaine, notamment Syriza en Grèce. Lors d’un précédent colloque à la Sorbonne*, nous avons par ailleurs reçu Álvaro García Linera, le vice-président de la Bolivie, venu expressément rencontrer des chercheurs occidentaux sur ce que doit être une nouvelle gauche socialiste. En Chine, il existe également un véritable intérêt : depuis une trentaine d’années, une réflexion est menée sur le socialisme et ses voies diverses dans l'histoire. J'ai organisé récemment à ce sujet une journée d'étude avec des collègues chinois avec l'aide du GRHis et du Service des Relations Internationales de notre université.

Comment vous êtes-vous impliqué dans l’UTLC ?

Nous avons essayé d’organiser un cycle de conférences autour de biographies de figures canoniques comme Jean Jaurès, Maximilien de Robespierre, mais aussi des figures particulières telles que Charles Péguy, socialiste converti au catholicisme, à la charnière de la littérature.
Ces conférences sont, pour la plupart, groupées avec d’autres types d’événements (séminaires, colloques), permettant ainsi de mêler des publics différents. Vis-à-vis du grand public, l’histoire a une fonction sociale : beaucoup de gens sont désemparés et ne comprennent plus le monde dans lequel ils vivent. Ces conférences peuvent leur donner des éléments de compréhension.

*Colloque international consacré à l’œuvre de Nicos Poulantzas, du 16 au 17 janvier 2015.



Publié le 17 avril 2015

mise à jour le 17 avril 2015



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