Culture scientifique > Conférences grand public


UTLC - Rencontre avec Jean-Claude Arnould

1 décembre 2015

Directeur du Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter (CÉRÉdI), Jean-Claude Arnould est spécialiste de la littérature française du 16e siècle. Une période d’abord difficile, mais fascinante par l’actualité de ses textes.

Structure de rattachement

CENTRE D'ETUDES ET DE RECHERCHE EDITER/INTERPRETER
Jean-Claude Arnould

Jean-Claude Arnould

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis professeur de littérature française du 16e siècle au département de lettres modernes de l’UFR de Lettres et Sciences humaines depuis 1996, après avoir été pendant quatre ans Maître de conférences à l’université de Nancy 2. Depuis 2009, je dirige le CÉRÉdI et suis actuellement vice-doyen recherche de mon UFR. En outre, je suis membre élu du Conseil d’Administration de l’université.



Parlez-nous de vos domaines de recherche ?

Mes travaux portent sur la littérature de la seconde moitié du 16e siècle, plus précisément sur les formes de la narration brève, essentiellement ce que l’on appelle alors les « histoires tragiques », dont j’ai édité plusieurs recueils ; je prépare en ce moment l’édition critique du recueil fondateur de ce genre, les Histoires tragiques de Pierre Boaistuau, publiées en 1559, qui comprend notamment la version française de Roméo et Juliette, source de Shakespeare. J’ai réalisé plusieurs incursions dans des époques antérieures ou postérieures, mais mon intérêt se concentre sur cette période particulièrement riche et mouvementée. J’étudie également des textes apparentés, les feuilles d’actualité qui faisaient office d’organe d’information avant l’invention de la presse périodique et dont beaucoup relatent des faits divers sanglants (les « canards »). Les problématiques que proposent tous ces textes dépassent le cadre strictement narratif et poétique, puisque leur édition constitue pour moi le point de départ d’analyses et de réflexions plus amples. Ils soulèvent en effet des questions relevant de l’histoire des idées et l’histoire du droit. Ces travaux débouchent par exemple sur des recherches sur la traductologie et l’historiographie française du « Nouveau monde ».

Comment enseigne-t-on et aborde-t-on la littérature française du 16e siècle aujourd’hui ? Qu’en est-il de sa postérité ?

C’est une littérature d’un abord difficile car elle attire peu un public qui a en général du mal à se libérer de la culture mainstream. Les littératures jugées trop « anciennes » ou trop « étrangères » occupent au mieux une place réduite dans un système éducatif et culturel dominé par les préoccupations immédiates. Il faut dire que beaucoup d’œuvres ont un potentiel très corrosif, de Rabelais à Montaigne en passant par le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, pour ne parler que des plus connus ; en outre la langue en est parfois difficile, et les cultures antiques sur lesquelles se fonde en grand partie la Renaissance sont généralement oubliées. Cependant, beaucoup d’enseignants du secondaire s’efforcent de faire découvrir cette littérature, comme les autres, à travers quelques grands textes et cela semble, dans bien des cas, beaucoup marquer leurs élèves. À l’université, l’enseignement de cette spécialité est quelque peu ambigu : il s’agit d’une langue, d’une littérature et d’une civilisation véritablement autres, qu’il faut faire découvrir progressivement et non sans effort, d’un autre côté, ceux qui s’en donnent la peine sont fascinés par l’intérêt et l’actualité des textes ; d’où l’émergence progressive, à l’université, de spécialistes de très haut niveau. Évidemment, un seiziémiste ajoutera que les débats posés qui occupent la littérature de la Renaissance et des guerres civiles de religion se retrouvent partout autour de nous : dans la révolution de la communication que nous connaissons, en écho à celle du livre imprimé, dans les difficultés du rapport à l’altérité et la conquête de la tolérance, dans les formes contemporaines du récit d’actualité et du discours en général, dans la conjugaison entre avancées techniques prodigieuses et prolifération des idéologies régressives, dans les conflits politico-religieux et les discours qu’ils génèrent…

Quelle est votre implication au sein de l’UTLC ?

Pratiquement, ma contribution s’est jusqu’à présent limitée à servir d’intermédiaire auprès de conférenciers pressentis. Néanmoins, je suis ce projet avec le plus grand intérêt : il me paraît correspondre à une mission essentielle de l’université, qui est la diffusion du savoir scientifique auprès d’un public plus large que celui des spécialistes ; il illustre bien ainsi l’importance du rôle de notre institution dans l’élaboration des savoirs et leur diffusion. Il donne aussi l’occasion aux membres de l’établissement de découvrir ce qui se passe en dehors de leur secteur et de balayer à l’occasion quelques préjugés.

En quoi est-ce important de pouvoir ouvrir la littérature au grand public, à travers des conférences ?

Si la littérature – quelles que soient ses formes et la valeur des œuvres diffusées – bénéficie d’une audience relativement importante par divers canaux, les travaux réalisés dans ce domaine par les universitaires sont généralement tus ou méconnus. Les manifestations organisées par l’UTLC contribuent donc à combler cette lacune en faisant connaître nos recherches auprès du grand public rouennais et normand ; elles peuvent être aussi un moyen de diversifier les propositions en les ouvrant sur des œuvres et des époques moins connues. Elles sont une occasion de contact direct entre le public et les chercheurs, cette relation plus personnelle pouvant être l’occasion d’une découverte et d’un enrichissement communs. Cette initiative amplifie celles que nous menons nous-mêmes au sein du CÉRÉdI ; bon nombre de nos projets scientifiques comportent un volet « grand public » (sous la forme de conférences, de spectacles, d’expositions). Nous avons organisé au printemps 2015, « Flaubert dans la Ville », événement qui a bénéficié, entre autres, de l’appui de l’université et de la Fondation Flaubert. D’autres écrivains, et d’autres périodes moins fréquentées font aussi l’objet d’actions de diffusion.

Publié le 1 décembre 2015

mise à jour le 1 décembre 2015



Trouver un article

Trouver un article