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UTLC - Rencontre avec... Élise Janvresse et Gérard Grancher, transmettre les mathématiques autrement

7 avril 2015

Rencontre avec… Élise Janvresse et Gérard Grancher, transmettre les mathématiques autrement Membres du laboratoire de Mathématiques Raphaël Salem de l’université de Rouen, Élise Janvresse et Gérard Grancher participent activement à la vulgarisation de leur discipline. Rencontre à deux voix.

Structure de rattachement

LABORATOIRE DE MATHEMATIQUES RAPHAEL SALEM
Élise Janvresse et Gérard Grancher

Élise Janvresse et Gérard Grancher

Pouvez-vous vous présenter ?

Élise Janvresse : Je suis chargée de recherche au CNRS en probabilités et directrice adjointe de l’UFR des Sciences et Techniques, en charge de la communication scientifique. J’ai également été chargée de mission à l’Institut National des Sciences Mathématiques et de leurs Interactions (INSMI) pour la communication scientifique et la formation permanente.
Gérard Grancher : Je suis ingénieur de recherche au CNRS, statisticien de formation, et je fais partie du comité scientifique de l’association Science Action Haute-Normandie. J’ai été directeur de la Fédération Normandie - Mathématiques, et j’œuvre depuis plus de 20 ans pour la promotion des mathématiques.


Comment œuvrez-vous pour faire découvrir votre discipline aux lycéens et collégiens ?


Nous participons à des dispositifs généralisés au sein de l’UFR des Sciences et Techniques, tels que la Fête de la Science, le parrainage « Une classe, un enseignant, un chercheur » avec le Rectorat : des lycéens viennent plusieurs fois à l’université dans l’année, puis font une restitution en amphithéâtre de leurs travaux de recherche. Dans le cadre de la salle des sciences, l’UFR accueille également 40 à 50 classes de primaire, collège et lycée, qui participent chaque année à des ateliers par petits groupes.

Par ailleurs, nous intervenons dans les lycées normands et de la région parisienne, avec les « Promenades mathématiques », des conférences suivies d’une discussion, organisées par la Société de Mathématiques de France et l’association Animath. Dans ce cadre, nous leur présentons des éléments hors-programme, sur lesquels les lycéens n’ont pas l’habitude de travailler.


Concrètement, comment vulgarise-t-on les mathématiques ?


Nous abordons les mathématiques, en faisant référence à la vie quotidienne le plus souvent, sur des thématiques comme la loi des séries, statistique et mensonges, le numérique, la théorie des jeux ou les procédures de scrutin par exemple… Pour la Fête de la Science, nous mettons aussi en place des petits dispositifs, qui permettent aux gens de faire des manipulations quel que soit leur âge, accompagnés de posters, réimprimés ensuite par certaines médiathèques. Nous profitons également de l’actualité : je (Gérard Grancher, ndlr) suis intervenu par exemple au Mémorial de Caen sur le film Imitation Game, qui retrace l’histoire du mathématicien Alan Turing et de la machine de cryptage Enigma. Il faut surtout trouver le moyen de faire participer le public, ce qui prend plus de temps que de préparer un cours !


Que proposez-vous à destination du grand public ?

Avant que l’Université de Toutes Les Cultures (UTLC) existe, nous organisions sur le site du Madrillet, à l’heure du déjeuner, « 30 minutes pour comprendre », des interventions à destination du grand public et des étudiants. Nous proposons aujourd’hui à ces derniers une conférence au début du deuxième semestre, avant la reprise des travaux dirigés. Cependant, les étudiants ont parfois du mal à saisir l’intérêt d’assister à une conférence pour laquelle ils ne sont pas évalués, ils restent encore trop scolaires…

Dans le cadre de l’UTLC, nous avons organisé cette année sept conférences, en privilégiant le créneau du jeudi à 18h30, pour fidéliser le public. En effet, d’un rendez-vous à l’autre, le public reste cloisonné par discipline : il faut trouver un moyen de rompre cela. Nous éditons également des articles dans le magazine Tangente, vendu en kiosque, et des ouvrages de vulgarisation comme La loi des séries, hasard ou fatalité ?*.


Quels sont les objectifs de cette démarche de vulgarisation ?

Nous souhaitons susciter des vocations scientifiques : aujourd’hui, tous les postes au CAPES de mathématiques ne sont pas pourvus. Nos interventions dans les lycées ne nécessitent pas de prérequis, et parfois, des élèves qui ne sont pas très scolaires se révèlent, lors d’ateliers par exemple.

Et puis, les étudiants et leurs parents n’imaginent pas que les enseignants peuvent aussi mener de la recherche en mathématiques. Cela permet ainsi de faire passer l’idée que l’université, c’est aussi de la recherche, et que le fonctionnement y est différent du lycée.


Comment est-elle perçue dans l’enseignement supérieur ?

Avant, la vulgarisation scientifique était relativement mal vue. Aujourd’hui, au contraire, on nous demande de mentionner cela dans nos activités. Nous organisons d’ailleurs, entre chercheurs, des séminaires de vulgarisation avec la Fédération de Recherche Normandie-Mathématiques, six à huit fois par an, avec nos collègues normands ou d’autres universités de France et de l’étranger. Nous sommes tous convaincus de l’importance de transmettre au grand public : le chercheur, tout comme l’enseignant, en a besoin. C’est très gratifiant. Même si les a priori persistent, il y a une demande beaucoup plus importante de la société en général.

* La loi des séries, hasard ou fatalité ?, Élise Janvresse et Thierry de la Rue, collection : Les Petites Pommes du savoir n°98, Éditions Le Pommier.

Publié le 7 avril 2015

mise à jour le 20 avril 2015



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