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UTLC - Rencontre avec Daniel Mellier

10 novembre 2015

Professeur émérite à l’Université de Rouen, membre du laboratoire PsyNCA et chargé de mission Handicap, Daniel Mellier propose dans le cadre de l’UTLC un cycle de conférences consacré à la prématurité.

Structure de rattachement

UFR des Sciences de l'Homme et de la Société
Daniel Mellier

Daniel Mellier

Pourriez-vous vous présenter ?

Au laboratoire de Psychologie et Neurosciences de la Cognition et de l'Affectivité (PsyNCA), j’ai conduit pendant trente ans des travaux sur le développement de l’enfant et le handicap. Dans les années 1975, il y a eu un grand essor des travaux sur le nouveau-né. À cette époque, j’enseignais la psychologie du développement et le chef du service des prématurés du CHU Charles-Nicolle, qui connaissait mon intérêt pour le sujet, a proposé de m’ouvrir les portes de sa structure pour mes travaux recherche. C’est donc par un concours de circonstances que je me suis peu à peu intéressé aux questions liées à la prématurité puis aux situations de handicap chez les jeunes enfants.


Comment le cycle sur la prématurité a-t-il été pensé ?

Les conférences qui constituent ce cycle se font écho les unes les autres et abordent la question de la prématurité à travers différentes disciplines. La première conférence a été donnée par Stéphane Marret, chef du service de médecine néonatale au CHU Charles-Nicolle de Rouen. Il est inscrit dans l’équipe de recherche nationale qui a conduit la première enquête épidémiologique sur les enfants grands prématurés (nés à moins de 33 semaines) entre 1997 et 2007. Il est également l’un des concepteurs de la deuxième enquête initiée en 2011 (EPIPAGE 2), sur l’ensemble des régions de France. Sa conférence dressait un état des lieux des connaissances. En effet, avec l’évolution des soins, les recherches se sont prioritairement centrées sur la très grande prématurité, alors que les enfants prématurés nés après 33 semaines de gestation présentent aussi des risques plus élevés que les enfants nés à terme de développer des troubles des apprentissages, du langage, de l’attention, etc. Il est donc nécessaire d’avoir une vision d’ensemble en se préoccupant de la santé de l’enfant au sens large, d’où la question du soin de l’enfant, que j’aborderai lors de la conférence du 17 novembre.

En décembre, c’est Bernard Andrieu, philosophe, spécialiste des questions d’anthropologie du corps, qui interviendra. Il est à l’origine d’une recherche documentaire sur la naissance et l’évolution du premier laboratoire travaillant sur le cerveau du prématuré (ouvrage publié en 2015 aux PURH « La naissance des prématurés »). Ces recherches nous confrontent aux grandes questions sociétales complètement nouvelles : viabilité, arrêts de soins, question de l’enfance, de la procréation médicalement assistée, etc.

Enfin, la dernière conférence sera également donnée en décembre par Anne Paillet. Cette sociologue anthropologue a travaillé en immersion dans des services de réanimation, dont ceux des enfants prématurés, pour étudier la question des soins et décisions thérapeutiques en se plaçant du côté des équipes médicales et ce que cela engage dans les identités professionnelles. On retrouve ainsi des problématiques similaires à celles posées par les soins de la fin de vie.

En quoi est-ce important de porter ces sujets à la connaissance du grand public ?

Ce domaine d’études s’inscrit dans l’objectif général de l’UTLC. Il pose en effet toutes les grandes questions philosophiques, sociétales, juridiques, économiques, d’éducation, etc. C’est un champ où toutes les disciplines peuvent être sollicitées, car la question de la prématurité n’est plus seulement une question médicale, elle est devenue une question de santé publique.

Il y a également une dimension préventive. En 1975, le Professeur Alexandre Minkowski (un des fondateurs de la néonatologie) a lancé un cri d’alarme : à l’époque, il y avait plus de naissances prématurées en France qu’au Vietnam, pourtant en situation de guerre. Cela tenait du fait que les familles n’étaient pas suffisamment vigilantes pendant la grossesse, et que les employeurs ne respectaient pas assez le code du travail en lien avec la maternité.

Enfin, il y a des questions qu’on ne sait pas aujourd’hui aborder : considérant les données dont on dispose, les enfants qui naissent grands prématurés ont de fortes probabilités de rencontrer des troubles lors de l’apprentissage scolaire. Ils pourraient être encadrés différemment en classe, mais en France, le principe de la non-discrimination prévaut. Au Canada au contraire, un programme a été mis en place proposant des exercices particuliers aux enfants concernés.

À l’Université de Rouen, vous avez une autre mission : le handicap. Qu’en est-il ?

Ici, un service dédié aux étudiants handicapés existe depuis 1998, bien avant les obligations imposées par la loi handicap de 2005. Cette dernière a pour conséquence un accroissement exponentiel du nombre d’étudiants en situation de handicap : l’an passé, nous avons traité 500 dossiers, soit trois fois plus qu’il y a dix ans. Le profil des catégories de difficultés des étudiants a également changé : 25% présentent des troubles du langage écrit et nous constatons un doublement, d’une année sur l’autre, du nombre d’étudiants autistes Asperger (une quinzaine en 2015).

La manière d’accompagner ces étudiants a fortement évolué : au-delà des aménagements d’études et d’examen, l’Université de Rouen a adopté le 22 septembre 2015 un schéma directeur du handicap décliné en cinq volets de réflexion et d’actions. Il rassemble 58 fiches d’opérations à court et moyen terme, qui supposent des modifications importantes pour l’établissement. Nous sommes en effet dans une période de mutation vis-à-vis des situations de handicap, qui doivent s’inscrire dans les pratiques habituelles de vie universitaire.


Publié le 10 novembre 2015

mise à jour le 1 décembre 2015



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