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UTLC - Rencontre avec... Catherine Weismann-Arcache, "l’enfant : objet précieux, au centre de sa famille"

17 mars 2015

Psychologue clinicienne et co-directrice de l’équipe de recherche « Traumatismes individuels et familiaux » du laboratoire PSY-NCA, Catherine Weismann-Arcache travaille sur la petite enfance et la parentalité. Elle est notamment spécialiste des enfants à haut potentiel intellectuel.

Structure de rattachement

PSYCHOLOGIE ET NEUROSCIENCES DE LA COGNITION ET DE L'AFFECTIVITE
 

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis psychologue clinicienne, d’orientation psychanalytique. Pour l’anecdote, j’ai voulu faire ce métier depuis la classe de 3e, mais je n’étais pas très studieuse. J’ai pourtant eu mon bac grâce à Freud, qui me passionnait et m’a permis d’avoir 17 à l’épreuve de philosophie. Depuis 2006, je suis Maître de conférences à l’université de Rouen et habilitée à diriger des recherches en psychologie clinique et psychopathologie, responsable de la 3e année de licence de psychologie et du diplôme universitaire « Travail avec les familles ». Je suis également co-directrice de l’équipe de recherche « Traumatismes individuels et familiaux » du laboratoire PSY-NCA*. Elle est composée de sept enseignants-chercheurs qui travaillent sur trois axes principaux : « Familles, parentalités, cultures », « Situations extrêmes et traumatismes » et « Processus et dispositifs thérapeutiques ».


Parlez-nous de vos activités de recherche ?

J’ai fait un chemin qui va de l’écolier à l’enfant et de l’enfant à ses parents : j’ai commencé comme institutrice en maternelle puis psychologue scolaire. Ces expériences m’ont conduite à travailler sur le processus de développement de l’enfant : la pensée, élargie aux apprentissages, à la créativité et à la sublimation, qui peut mener à la création artistique. Je suis notamment spécialiste des enfants à haut potentiel intellectuel.

J’ai ainsi conçu et mis en place un projet élu par le grand réseau de recherche Haute-Normandie sur le thème « Intelligence et handicap, le paradoxe du haut potentiel intellectuel et de la vulnérabilité mentale ». Il s’agissait d’une approche pluridisciplinaire avec des chercheurs en sciences de l’éducation, des laboratoires ICONES et CERREV, un pédopsychiatre, le Centre National d'Aide aux enfants et adolescents à Haut Potentiel de Rennes, la Maison Départementale des Personnes Handicapées de Rouen et le Centre Hospitalier de Versailles. À l’issue de ces recherches, nous avons pu développer l’idée que, chez des enfants atteints de troubles autistiques, le fait d’être à haut potentiel intellectuel serait un facteur de protection, leur permettant de meilleures facultés de raisonnement et d’adaptation à la réalité.

Dans le prolongement de ces recherches, je dirige actuellement une thèse intitulée : « Haut potentiel intellectuel et troubles autistiques », pour laquelle nous avons obtenu une bourse régionale. Je mène également des recherches sur la parentalité, la procréation médicalement assistée, et les nouvelles représentations de l’enfant.


Justement, qu’en est-il de la place de l’enfant aujourd’hui ?

Nous vivons un contexte d’insécurité et d’idéalisation, où nous devons tout réussir. Le bonheur nous est imposé et nous n’avons plus le droit d’être triste. L’enfant est un objet précieux, avec une obligation de résultat, souvent plus investi que le conjoint. Il est aujourd’hui au centre de sa famille : les parents attendent beaucoup moins que le bonheur vienne de leur couple que de leurs enfants. Et c’est une charge qui pèse sur les épaules de ces derniers. Les parents espèrent la réussite de leur enfant pour compenser ce qu’ils n’ont pas pu faire, mais avec une attention particulière. Il existe ainsi une idéalisation de l’enfant : s’il va mal, c’est qu’il est à haut potentiel intellectuel, c’est un incompris. Il faudrait brûler les étapes, et le temps des apprentissages n’est pas pris en compte : devenir grand tout de suite, avec un véritable forçage du développement, c’est ce que j’ai appelé « l’effet de serre en clinique infantile ». Pourtant, le droit au développement, c’est le droit à l’enfance.


Comment cela influence-t-il la parentalité ?

Le couple est devenu moins important, beaucoup moins durable, comme le montrent les familles recomposées. Au contraire, pour leurs enfants, les parents culpabilisent beaucoup. Ils consultent les psys, qu’on retrouve partout, même à la radio. Ils ne sont donc pas très rassurants et peuvent s’effondrer rapidement. Il y a alors tout un travail à faire autour de l’estime de soi. C’est cette problématique que nous abordons dans le diplôme universitaire « Travail avec les familles », notamment qu’est-ce que devenir père et mère. Il est ouvert aux travailleurs sociaux, assistantes sociales, psychiatres, infirmières et éducateurs.

Dans le cas de la procréation médicalement assistée, j’ai pu constater un grand nombre d’enfants à haut potentiel intellectuel. Ce sont des enfants attendus pendant près de dix ans, hyperinvestis, notamment par leur mère, alors que le père a souvent une place différente, celle du copain. Cet hyperinvestissement maternel peut conduire à faire des créateurs, comme c’était le cas de Marcel Proust, Romain Garry, Albert Camus ou Léonard de Vinci.


Comment enseignez-vous ces problématiques ?

Les contes et les films véhiculent les questions existentielles que se posent les enfants. Vers 9 ans, ils inventent des histoires sur la manière dont se construit une famille par exemple. En cours, j’utilise de tels supports, comme Harry Potter, qui est un roman familial.


Comment êtes-vous impliquée au sein de l’Université de Toutes Les Cultures ?

Avec Maria Teresa Rebelo, également maître de conférences au département de Psychologie, nous organisons depuis quelques années des rencontres « Une soirée/un auteur », qui ont lieu le jeudi soir. Nous invitons cinq ou six auteurs par an qui ont une actualité éditoriale proche des thèmes de recherche de notre équipe. Cette soirée se déroule sur le mode d’une discussion avec les enseignants-chercheurs et le public. Nous avons cette année inscrit les interventions de Geneviève Djénati et de Jean-Luc Viaux au sein du cycle de conférences l’Université de Toutes Les Cultures.


*Le laboratoire de Psychologie et Neurosciences de la Cognition et de l'Affectivité PSY-NCA (EA 4700) mène des travaux sur les fonctionnements ou dysfonctionnements psychologiques envisagés dans leur dimension cognitive, émotionnelle et sociale chez l'enfant, l'adulte et dans les modèles animaux.

Publié le 17 mars 2015

mise à jour le 17 avril 2015



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