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UTLC - Rencontre avec... Arnaud Brennetot ouvre le débat sur la Normandie

19 février 2015

Arnaud Brennetot est maître de conférences depuis 2011 à l’université de Rouen*. Spécialisé en géographie politique, il est membre d’un collectif informel de géographes normands qui assument un positionnement engagé sur les questions régionales.

Structure de rattachement

IDENTITE ET DIFFERENCIATION DES ESPACES DE L'ENVIRONNEMENT ET DES SOCIETES
Arnaud Brennetot

Arnaud Brennetot

Qu’est-ce que le cycle de conférences « Normandie en débat » ?

Il est porté par une quinzaine de géographes normands, originaires des universités de Caen, Le Havre et Rouen, réunis autour des questions régionales. Tout a commencé en 2009, à l’initiative d’Yves Guermond, professeur émérite à l’université de Rouen, qui souhaitait que les géographes participent au débat lors de la campagne des élections régionales et fassent des propositions, via un site internet intitulé « Normandie 2010 ».

Nous avons ensuite décidé de poursuivre en identifiant un point de consensus qui nous semblait devoir être perçu comme une priorité par les pouvoirs publics : la fusion des régions Basse et Haute-Normandie s’imposait. Nous avons publié un livre en 2012, La Normandie en débat, sur cette question, jusqu’alors confinée à une sphère de spécialistes : élus, administrateurs ou journalistes bien informés. Beaucoup de citoyens étaient en effet laissés à l’écart. En 2013, nous avons continué dans un contexte d’indifférence, jusqu’à ce que François Hollande annonce la nouvelle carte des régions et que la fusion des Normandie devienne une question d’actualité.

Outre Rouen, des conférences ont lieu à Caen, dans le cadre de l’Université Populaire et au Havre. Nous avons bien conscience de dépasser la simple fonction d’analyse d’un territoire, mais nous assumons notre position engagée et collective, fruit de discussions approfondies.

Vous abordez une autre question, celle de la métropole normande. Qu’en est-il à vos yeux ?

La Normandie est dépourvue d’une véritable métropole, contrairement à ce qu’on observe ailleurs en France, avec Lyon, Nantes ou Toulouse par exemple. Ici, une bonne partie des fonctions métropolitaines est assumée par Paris et les décideurs se tournent très souvent vers la capitale pour obtenir ce qu’ils ne trouvent pas en Normandie, plutôt que de le développer localement. Or, il existe une situation inédite, qui peut constituer une alternative : la proximité de trois grandes villes que sont Caen, Le Havre et Rouen. Travailler en réseau permettrait d’atteindre la masse critique d’une métropole et serait un véritable levier de développement. De nombreuses possibilités existent pour créer des synergies et inventer une gouvernance nouvelle : la mutualisation de moyens, le montage de projets, la candidature à des appels nationaux ou européens, la mise en place de réseaux coopératifs entre les acteurs de ces grandes villes, etc.

Existe-t-il des démarches déjà initiées en ce sens ?

Les choses changent peu à peu : beaucoup d’acteurs de la société civile se sont engagés dans ce sens, suite à la prise de conscience d’un risque de déclassement. Ainsi, les ports du Havre, de Rouen et de Paris se sont constitués en un Groupement d’Intérêt Économique (HAROPA) en 2012. Sur le plan de l’enseignement supérieur, la Comue Normandie Université est également un très bon exemple de travail en réseau à promouvoir. On voit aussi des citoyens s’engager comme les collectifs Bienvenue en Normandie ou Normandie Axe Seine. Ce type d’engagement social permet de construire de nouvelles perspectives politiques. La structuration du débat public doit se faire à tous les niveaux, mais à l’échelle régionale, le tissu délibératif est encore fragile. C’est pour cela qu’en tant qu’universitaires, nous avons privilégié cet échelon.

Selon vous, quels sont les freins à ces changements ?


L’histoire de la Normandie ne plaide pas en notre faveur, avec une forte présence de la culture du localisme et de l’esprit de clocher. La plupart des élus locaux restent enfermés dans cette logique. Les intercommunalités se constituent dans des pôles métropolitains distincts, sans concertation entre eux. Il faut faire en sorte que l’opportunité de se structurer à la bonne échelle soit appropriée par la société civile et prise en compte par les représentants institutionnels.

Après le cycle de conférences, quels sont vos projets pour le collectif ?

Nous allons entrer dans un calendrier très politique : nous sommes pris entre le risque d’être instrumentalisés et, en même temps, par la crainte de déserter le débat public au moment où il est le plus intense. Il nous faut trouver une nouvelle façon de nous impliquer, en étant vigilants sur cette question.

* Géographe, Arnaud Brennetot est chercheur à l’UMR CNRS 6266 IDEES (Identités et Différenciations de l'Environnement des Espaces et des Sociétés).

Publié le 19 février 2015

mise à jour le 17 mars 2015



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