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UTLC - Rencontre avec Albert Ogien

30 novembre 2016

Albert Ogien est directeur de recherche CNRS - IMM-CEMS.

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Albert Ogien

Albert Ogien

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS, enseignant à l'EHESS (Paris) et co-directeur de la collection Raisons Pratiques, aux Éditons de l'EHESS. Je suis l'auteur de L'Esprit gestionnaire (EHESS, 1995), Les formes sociales de la pensée (Armand Colin, 2007), Les Règles de la pratique sociologique (PUF, 2007) et Sociologie de la déviance (PUF, 2012) ; et, avec Louis Quéré, Vocabulaire de la sociologie de l'action (Ellipses, 2005) et Les moments de la confiance (Economica, 2006). Plus récemment, j'ai écrit, avec Sandra Laugier, Pourquoi désobéir en démocratie? (La Découverte, 2010) et Le principe démocratie (La Découverte, 2014).


Quels sont vos champs de recherche ?

Un de mes domaines de recherche est l’extension et les effets du phénomène gestionnaire dans l’organisation de l’activité de gouvernement. Et, en particulier, la place que tient la quantification dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques (Désacraliser le chiffre, Quaé, 2013). Je m’intéresse aujourd’hui à l'émergence des nouvelles formes de l'action politique, à partir de l’analyse des mouvements de protestation qui se développent sous nos yeux, comme les "rassemblements" (occupations, ZAD) et les partis-mouvementistes (Podemos, Syriza, 5 étoiles, Pirate).

Quel rôle le populisme joue-t-il dans nos sociétés ?

Le mot “populisme” est utilisé pour qualifier (ou disqualifier) toute démarche politique qui vise à remettre en cause l’ordre social propre à la démocratie représentative. De ce fait, on place sur le même plan des options totalement différentes : des revendications de démocratie et d’émancipation, le renfermement nationaliste, la haine de l’étranger, le soutien d’un régime autoritaire, la restauration de la souveraineté nationale, la dénonciation des élites, le rejet des politiques “néo-libérales”, la destruction du système capitaliste.

Les discours populistes sont toujours tenus au “nom du peuple” par des personnes qui s’autorisent à définir ce que ce « peuple » veut (de l’identité, de l’exclusion, des droits nouveaux, de la justice sociale). Ils prospèrent tous sur le même fondement : considérer a priori le “peuple” comme incapable de déployer une intelligence collective le conduisant à accepter voire à élaborer des solutions aux problèmes publics le concernant. C’est pourtant cette intelligence qui s’exerce dans l’invention de nouvelles formes d’action politique.

Dans quelle mesure met-il en péril la démocratie ?

La qualification de “populisme” sert avant tout de repoussoir, sensé prémunir les sociétés démocratiques des menaces que ces discours divulguent. Mais l’usage indifférencié de cet adjectif fait écran à la possibilité de nommer chacune des menaces auxquelles il renvoie : fascisme, nationalisme, racisme, anti-capitalisme, démocratie directe, etc. - ce qui empêche d’en saisir la vraie nature. De façon paradoxale, c’est ce brouillage qui est le premier péril. Par ailleurs, si tout le monde admet que les discours “populistes” offrent des solutions “simplistes”, réactionnaires ou simplement odieuses à des problèmes complexes, on constate que ceux et celles que ces discours horrifient craignent de ne pouvoir freiner l’emprise que les partis “extrémistes” prennent sur les électeurs, comme s’ils admettaient que la cause était déjà perdue. Ce désarroi tient en grande partie à une croyance : la sensibilité du “peuple” aux démagogues qui font appel à ses affects et à ses pulsions les plus basses. La diffusion de cette croyance est un second péril.

En quoi est-ce important d'impliquer le grand public sur ces thématiques via un programme telle que l'Université de Toutes les Cultures ?

Tout simplement parce que l’analyse des évolutions qui affectent la politique et la démocratie est l’affaire de tous les citoyens. Diffuser la contribution que les chercheurs apportent à cette analyse est une tâche essentielle. On peut penser qu’elle permet de développer la capacité critique de chacun et de chacune afin de leur permettre de juger des orientations dans lesquelles l’histoire les conduit.

Publié le 30 novembre 2016

mise à jour le 30 novembre 2016



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